29 février 2008
Léthargie
Je sors de ma léthargie pour vous donner des nouvelles.
Alors moi d’abord tiens : ben léthargique. Je sais pas ce que j’ai. Je me traîne depuis quelques jours. Du coup estime de moi à zéro. Quelqu’un pour me donner un coup de pied aux fesses ? Oui, enfin, vous pressez pas non plus, parce que quelque chose me dit que rien que le fait d’évoquer cette torpeur va la faire disparaître. Méthode Coué ou fourmi dans les jambes ? Sans doute un peu des deux… Ce soir, j’ai emmené les barbas au ciné, histoire de nous changer les idées, « taken » comme remède de choc, je vous le recommande ! Ca déménage, ça vous cloue au siège la bouche ouverte. Bon d’accord c’est violent, pas très réaliste, mais moi le mec calme qui pète les plombs parce qu’on lui a enlevé sa fille, ça me fait craquer. Du moins au ciné, parce qu’en vrai, ça me fait peur les gens qui pètent les plombs, même moi quand ça m’arrive, je me fais peur ;) Bref, un bon moment.
Les barbas maintenant : Sont en vacances. Moi j’aime bien. Pas besoin de les houspiller le matin, au contraire, j’en profite pour les réveiller en douceur, avec des bisous et des câlins. Pas de choses qui fâchent, pas de devoirs, juste des leçons à apprendre pour rattraper le retard, mais ils y sont tout disposés donc c’est en douceur ça aussi. J’ai pu obtenir avant les vacances, que Barbidul aille dans la classe de son frère, ça s’est bien passé, ils sont revenus enthousiastes. Moi ça me rassure, ils font le trajet ensemble. Il y a bien des élèves qui font des remarques «il sait même pas se défendre ! » mais mon Barbidul a réussi à les ignorer, même si ça l’a démangé de leur prouver le contraire. Suis fière de lui. Mais la plupart des élèves ont compris, ils n’ont pas été mis à l’écart à la suite de la plainte. Ouf !
Faut quand même que je vous avoue que je me suis bien inquiétée pendant quelques jours. Barbidul était vraiment très mal. Vendredi dernier, il a pu parler a une psy de l’agression, j’étais là avec Barbidou et j’ai été affolée de tout ce qu’il sortait de peur, de révolte, suite à l’agression, mais il y avait aussi des choses plus anciennes qui sont ressorties (pétasse d’instit de cm2, désolée je n’ai rien contre le corps enseignant, mais celle-ci a harcelé mes barbas, d’autres enfants aussi, mais les miens, elle a fait fort, je vais pas refaire l’histoire, mais elle a laissé des traces, une folle dingue cette femme. Un de leur copain n’a réussi a en parler à sa mère que cette année. Moi j’avais tout en direct, et rien que de l’évoquer, j’ai les poils qui se redressent.) Il a parlé de ça donc, de son psy qui parlait fort et n’écoutait pas, de celle qu’il a eu ensuite qui l’écoutait mais ne disait pas un mot. Et puis de son père aussi. Même si depuis la séparation, il y a une vraie amélioration, la violence a existé et a laissé des traces. Il voudrait comprendre. Il racontait en pleurant, en disant qu’il a besoin d’aide parce que l’envie de pleurer le prend souvent mais qu’il ne faut pas qu’il pleure n’importe où, « alors vous comprenez, je veux voir un psy mais un vrai psy qui écoute et qui me parle, sinon c’est pas la peine »
Après s’être confié, il était à la fois vidé et à cran. Malgré un bon moment passé avec son grand frère, malgré un autre bon moment passé avec son père, au restaurant où nous avions décidé de dîner avant que je les laisse pour le week-end, il a craqué, a été agressif puis a fondu en larmes. Son père a bien compris qu’il n’était pas dans son état normal, l’a laissé repartir avec moi.
Il est resté deux, trois jours comme ça, d’une humeur un peu incertaine, les larmes aux yeux, sans appétit. Barbidou un peu perturbé de voir son frère dans cet état. Il m’a fallu des trésors de patience pour les empêcher de se battre, entre l’agressivité de l’un et la réactivité de l’autre, bouhhhhhhh… Nous avons beaucoup parlé, tourné en rond aussi, pas facile de vider son sac, en laissant l’autre s’exprimer aussi. Mais ça va mieux, il retrouve peu à peu son sourire, ses activités, il recommence à manger un peu.
Bon allez, je finis par une mauvaise nouvelle qui me ravit. Ma Barbalala doit rendre les clés de son appart le 1er mars, n’en a pas trouvé d’autre, elle revient chez maman. Va falloir se serrer, c’est pas top pour elle, mais pour moi, c’est juste du soleil en plus dans la maison et par les temps qui courent, je prends !
13 février 2008
Les jours se suivent…
…et ne se ressemblent pas. Tant mieux hein ! Parce que là, c’est surtout la vie qui revient, avec son lot de soucis grands ou petits mais de la vie quand même. Je vous raconte.
Déjà j’ai passé un super week-end. Les barbas partaient chez leur père pour le week-end. Mon premier réflexe : « super, je vais faire une cure de sommeil, j’en peux plus ! »
Je les ai donc accompagnés. RER tramway bus, puis bus tramway, RER. Me suis un peu paumée mais bon, pas trop, j’étais juste un peu en retard pour le réveillon de Noël, mais mon hôte m’a pardonnée je crois (cherchez pas, noël ça se fête aussi en février, puisque je vous le dis !) C’était bien, mais je vous raconterai pas parce que c’est mon moment de douceur à moi na !
Du coup j’ai un peu fait un écart dans ma ligne de conduite (Barbasucre au lit avant minuit, sinon Oïnkari va te changer en citrouille) je me suis couchée tard, mais j’ai fait la grasse matinée ça compense. Quel délice de se lever dans un appart silencieux, seule pour le week-end, de pouvoir rester en petite tenue, sans me sentir obligée de revêtir un peignoir par décence. Et le calme, ah le calme, trop bien !
Du moins au début. Le silence est vite devenu assourdissant, les projets pour la journée m’ont paru moins marrants d’un coup à faire toute seule. J’ai eu un petit coup de blues qui m’a fait tourner un peu en rond dans l’appart jusqu’à ce que je me ressaisisse « eh oh, on se réveille, t’existes aussi toute seule ! » Rigolez pas, ben oui je me parle, je m’engueule, je me console… on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Alors hop, j’ai mis de la musique, j’ai filé sous la douche, me suis crémée, maquillée, habillée et direction le marché Saint Pierre à Paris. Il me faut trouver du tissu pour changer celui du canapé qui a quand même vu passer cinq enfants et une quinzaine de chats le pauvre, l’est un peu défraîchi.
Ça faisait une éternité que je n’avais pas traîné au milieu des tissus, j’ai pris mon temps pour savourer, admirer, toucher… En montant à l’étage où se trouvent les tissus d’ameublement, mes yeux se posent sur un magnifique tissu en toile grège rayé de velours dans les couleurs exactes que j’ai prévu pour l’appart. Il est cher, je le contemple un moment et je me décide à voir plus haut s’il n’y aurait pas plus sobre et surtout moins cher. Je trouve. Un beau rouge comme je voulais, une toile solide mais veloutée. Voilà je veux celui là. Un regard à l’autre dans l’escalier. Les coussins peut-être… Je continue mon petit tour quand même à tout hasard. Le vendeur s’approche, je lui dis que j’ai repéré un tissu qui me plairait bien pour mon canapé. Il me répond « oui le rouge ?, moi aussi je vous ai repérée » il me dit ça avec un regard appuyé et un sourire drôlement ambigu le bougre ! Rhaaaaaaaaaa je me fais draguer ! Trop bien ça aussi. Ben quoi ça faisait longtemps, laissez moi apprécier. Nous parlons chiffons, métrage, je lui dis que pour les coussins, je verrais bien… il m’interrompt « je sais, celui de l’escalier à rayures, et bien sûr vous allez me demander d’aller le décrocher pour vérifier si ça le fait bien, pas de souci, un bisou et j’y vais ». Je lui fais mon plus beau sourire et je lui dis « pas de bisou, mais vous allez bien aller me le chercher quand même hein ? » Il secoue la tête d’un air théâtralement desespéré, ça me fait rire, et les deux tissus ensemble rien à dire, ça le fait.
Purée ce que c’est lourd ! Heureusement j’ai prévu d’apporter deux sacs solides. Il s’inquiète de mon retour. Ce que ça fait du bien d’être courtisée, juste un moment comme ça, une vraie parenthèse de légèreté. Ptêt que la femme en moi n’est pas complètement éteinte finalement.
Je rentre à l’appart, métro, RER, je dispose le tissu sur le canapé. Super ! Juste comme je voulais ! Je pose ma joue contre le velours tout doux et je rêve à tout ce que j’ai envie de faire.
Le lendemain, pas de grasse matinée, Barbalala vient me voir, je range vite l’appart, je nous prépare un bon petit repas. Câlin à sa maman, mon pauvre petit loup est tout fatigué, pas facile son travail avec des horaires de dingue et un salaire pas du tout motivant. « Heureusement que t’es là maman » rien que pour ces moments là, moi je suis heureuse.
Nous allons au cinéma. Plongée dans le noir, je manque un peu de m’assoupir, je gigote un peu sur mon siège, mais je suis contente de partager ce moment avec elle.
Nous prenons le train ensemble, elle rentre chez elle, je vais chercher les titis. Leur week-end s’est bien passé. Je n’ai pas envie de rentrer tout de suite. Je propose à leur père de dîner ensemble. Les enfants sont ravis, un vrai repas dans le calme et la bonne humeur comme on n’en avait pas eu depuis longtemps. Il se plait bien dans son nouvel appart et ça se voit.
Voilà, ce n’est pas grand-chose, mais tous ces allers-retours dans les transports, sans flancher, sans m’écrouler en arrivant, arriver à faire les choses prévues, pour moi, c’est génial. Les douleurs n’ont pas complètement disparu mais elles sont supportables et surtout j’ai retrouvé un peu plus d’aisance dans mes mouvements, je me sens plus légère.
Tant mieux parce que de l’énergie avec les barbas il en faut. Il y a des soucis au collège. Ils ne veulent plus y aller, sèchent depuis plusieurs jours. Pourtant ils n’ont que des bonnes notes et pas une seule remarque dans leur cahier de liaison. Le problème est ailleurs. Hier, ils ont refusé de m’en parler « tu n’y peux rien, tu ne pourras rien faire, personne ne peut rien faire »
Hier soir, ils se sont couchés sans avoir déposé ce qui les tracassait. Première fois que je n’arrive pas à les rassurer. Soit je perds la main, soit c’est plus grave que d’habitude ou ils le perçoivent comme tel.
Voilà, J’en étais là de la note commencée lundi et non achevée parce que trop de choses se sont précipitées. Le mardi a commencé tout de travers. Vomissements de Barbidoux, Barbidul avait oublié son sac d’école à la maison la veille (nous y étions passés pour un dernier nettoyage avant la remise des clés aujourd’hui). J’ai senti que si je les envoyais à l’école quand même, ils allaient errer dans les rues. Il me fallait crever l’abcès. Alors je leur ai dit « ok, aujourd’hui vous restez avec moi, on va récupérer le sac, mais il va falloir me raconter ce qu’il se passe pour que je puisse vous aider et on va chez le médecin, si vous ne voulez pas m’en parler à moi, vous allez lui en parler à lui ».
J’ai prévenu le collège, leur ai expliqué la situation et promis de rappeler pour les tenir au courant.
Des heures de patience, il m’a fallu pour arriver à les faire parler. En gros, les élèves leur font passer des tests pour voir dans quel camp on va les ranger, les forts ou les faibles. Alors provocations, bousculades, croche-pieds, insultes, incitation à la bagarre pour voir comment tu te défends… Se battre ils ne veulent pas, Barbidoux ne se sent pas assez fort, Barbidul sent trop de violence en lui pour s’y risquer. Il me dit « tu te rends compte, quand je suis très en colère, j’arrive à faire mal à mon frère alors que je l’aime. Je ne sais pas ce que je serais capable de faire à un mec qui m’a poussé à bout et que je n’aime pas, et je n’ai pas envie d’avoir à en subir les conséquences si je blesse quelqu’un. Je me bagarrerai seulement si quelqu’un touche à Barbidoux . Et si on ne veut pas parler de ce qui se passe, c’est parce que si on parle, on va se faire traiter de victimes et ce sera encore pire. »
Je leur ai donné ma vision des choses. Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est la mienne. Je leur ai dit que je ne voyais que trois solutions à leur problème et que sécher n’en était pas une, l’école étant obligatoire :
- Ne rien dire et continuer de subir les humiliations quotidiennes.
- Leur casser la figure.
- Parler et demander aux adultes d’intervenir.
La première, ils ne veulent pas évidemment. Ne rien dire ok, mais pas question de retourner au collège. Ils veulent changer de collège. Je leur ai fait remarquer qu’il n’y avait aucune certitude que ça ne se reproduirait pas dans un autre collège et que bon, on ne change pas de collège facilement non plus. Barbidul en vient même à vouloir habiter chez son père pour éviter d’y retourner. Quand on sait comment ça se passe entre eux, c’est dire le malaise.
La deuxième ils ne veulent pas l’envisager pour les raisons évoquées plus haut.
Ils finissent par se décider pour la troisième, à contrecoeur et pas trop rassurés sur la façon dont le collège va gérer ça. J’appelle le collège, la surveillante m’assure qu’elle a l’habitude, qu’elle arrivera à arranger les choses sans que personne ne sache qu’ils se sont plaints. La CPE est d’accord pour laisser faire la surveillante. Elle les recevra quand même vendredi pour en savoir un peu plus.
Ils sont donc retournés à l’école ce matin, ont discuté avec la surveillante en aparté, puis sont allés en cours. Barbidul, à la dernière heure a été fortement provoqué dans le couloir, en attendant d’entrer en classe (coups de genoux dans les cuisses, claques derrière la tête…) il les a repoussés, la prof les a fait rentrer, fin de la tourmente.
A la sortie trois gamins ont commencé à le houspiller, la surveillante est intervenue, ils se sont dispersés… Mais l’ont attendu bien plus loin pour l’agresser sauvagement, il a été blessé à l’oreille, est salement amoché.
Je l’ai emmené au commissariat pour déposer plainte. Il l’a demandé, il veut que ça s’arrête. S’il n’avait pas voulu, j’aurais déposé plainte quand même, parce que c’est inadmissible de devoir aller au collège avec la peur au ventre, parce que c’est inadmissible de laisser la violence et des codes à la con régner sur la vie de gamins de douze ans. Il est hors de question que je laisse ces petits cons gâcher la vie de mes mômes. Et aussi parce que je pense profondément que les adultes DOIVENT intervenir, et que c’est bien parce qu’il y en a un paquet de ces adultes qui ne font pas leur boulot, qu’il y a autant de dérive.
Putain, mais dans quel monde on vit ???
04 février 2008
Ridicule Syndrome
J’en parle peu, d’abord parce que je n’aime pas me plaindre et puis aussi parce que quand c’est passé j’oublie, quand je suis en crise, je fais avec. Aujourd’hui j’en parle parce qu’en ce moment je fais mal avec, parce que ça fait mal, parce que ça m’inquiète, et puis tiens ptêt parce qu’aujourd’hui j’ai envie de me plaindre.
Je souffre d’une maladie au nom ridicule. « Syndrome des jambes sans repos » non mais ça vous fait pas sourire ça ?
Un jour, après bien des investigations pour fatigue chronique et douleurs neurologiques incessantes, le neurologue me dit « on vous fait un examen du sommeil » et puis si on ne trouve rien, on arrête de chercher, il faut savoir accepter que parfois on souffre sans savoir pourquoi »
J’ai d’abord été choquée par ses propos. Moi j’étais pas encore prête à accepter de ne pas toujours aller bien. J’en étais encore au stade du « tu me trouves ce que j’ai mon coco, tu me files un traitement et ma vie reprend comme avant ». En même temps , ça commençait à me gonfler les examens médicaux, alors j’ai vite accepté l’idée finalement.
J’ai donc accepté de passer une nuit à l’hôpital harnachée d’électrodes pour passer ce fameux enregistrement polygraphique du sommeil. M’ont prévenue que j’aurais sans doute du mal à m’endormir avec tous ces trucs collés à moi, pourtant je manquais tellement de sommeil que ça n’a pas traîné, cinq minutes d’après l’enregistrement. Pour les mouvements des jambes, ils n’ont pu enregistrer que les premières heures, je bouge tellement que j’ai réussi à tout virer pendant la nuit.
En fin de matinée, le neurologue est passé avec le diagnostic. Quelques apnées et un syndrome des jambes sans repos. Vingt neuf micro éveil par heure ! Je vous rassure, je ne me lève pas toutes les deux minutes ;) mais la qualité de mon sommeil est nettement diminuée.
Depuis j’ai un traitement, du fer parce que même avec un taux normal, il paraît que mon corps le synthétise mal, et un antiparkinsonien parce que c’est ce qui semble le mieux fonctionner pour ce syndrome. Je dois reconnaître que, même si je reste une fatiguée chronique, depuis, je somnole beaucoup moins dans la journée.
« Voilà, on sait pour la fatigue ! » s’est exclamé le neurologue triomphant. Pour les douleurs, il a fait une moue désinvolte « allez donc voir un psy ! »
C’est ce que j’ai fait. Pfff tu parles. Ah oui, elle m’a bien remontée ma psy, je ne doute pas avoir eu besoin d’une psychothérapie, ça allait suffisamment mal dans ma vie pour que j’accepte son aide avec gratitude. Mais les douleurs, elles sont toujours là. Plus ou moins souvent, plus ou moins handicapantes, mais elles n’ont jamais disparu. J’admets volontiers qu’il y a une part de somatisation dans tout ça. Parce que c’est vrai que j’ai, depuis ma psychothérapie, de plus grandes périodes de tranquillité.
Je suppose que c’est le stress et la fatigue du déménagement qui ont provoqué cette nouvelle crise. Quoi qu’il en soit, je la vis très mal mais alors vous n’avez pas idée.
Parce que moi je vais bien. Je savoure ma nouvelle vie avec les barbas, ils m’énervent ou ils m’amusent, m’attendrissent toujours, même si j’ai eu envie d’en faire de la chair à pâté lorsque j’ai découvert qu’ils avaient accroché leurs posters au ruban adhésif sur le papier peint et que du coup je vais devoir le changer. Je savais bien que ça faisait trop bébé mais zut alors ! J’ai envie de virer ce noir du séjour et d’y mettre mes couleurs.
J’ai envie d’aller au cinéma et pas de repousser à plus tard parce que rester deux heures assise ça va pas le faire. J’ai envie de prendre le train avec eux pour aller voir la mer et ne pas penser que le train va aggraver mes douleurs. J’ai envie de tenir mes promesses et ne plus voir la déception dans leurs yeux quand j’annule un projet parce que « maman est trop fatiguée et qu’elle a mal » Ils comprennent je le sais, ils sont adorables mes barbas, mais moi la maman elle m’énerve, je m’énerve.
J’ai envie de reprendre mon travail et de tenir le coup. Celui que j’ai déjà ou un autre, mais redevenir celle sur qui on peut compter, retrouver le plaisir de travailler. Merde j’ai oublié ! Pendant des années, mon travail a été ma plus grande source de fierté (ben oui, maman c’est pas que ça compte pas, bien au contraire, mais c’est là que j’avais et que j’ai encore souvent le plus de doutes)
Oui j’ai des envies, oui la vie va plutôt bien. Les barbidoux ont passé leur premier week-end chez leur père et ça s’est super bien passé. Il appelle régulièrement et leur parle gentiment. A moi aussi. J’en étais sûre qu’une fois libéré du quotidien, ça se passerait comme ça.
Mais comment je fais pour faire des projets sans savoir dans quel état je vais être dans deux heures, demain, après demain, dans une semaine ? Bon, c’est pas une question qui arrive comme ça maintenant, c’est juste que jusqu’à présent, j’avais tellement de choses à régler que je faisais l’autruche et que mon arrêt de travail prolongé me permettait de vivre à un rythme différent de celui des autres.
Maintenant que j’en suis là où je voulais être, il va bien me falloir répondre à cette question.
Une chose est sûre, je sors la tête du sable. Je n’ai pas la santé de tout le monde et moi seule sait qu’elle volonté il me faut lorque je suis en crise comme aujourd’hui, pour assurer les choses du quotidien. Vu de l’extérieur, je sais que je peux paraître paresseuse, je sais que deux de mes grands le croient en tous cas, je le vois à leur mine réprobatrice lorsque je ne vais pas bien et que du coup j’assure très très moyen. Je sais que mes trous de mémoire les agacent « mais si je t’en ai parlé, tu ne m’écoutes pas ». Ce qu’ils ne savent pas c’est que moi ça m’agace mille fois plus qu’eux. Je peux parler une heure au téléphone avec quelqu’un et ne plus savoir le lendemain quelle est la dernière fois où nous avons bavardé. Je sais rarement quel est le titre du livre que je suis en train de lire. J’en parle en plaisantant mais tous ces manques, toutes ces lacunes, alors que j’avais une très bonne mémoire avant, me font rager, me donnent envie de pleurer. Leurs réflexions, leurs regards, me font de la peine, je le vis assez mal, mais je m’y fais. J’ai renoncé à leur expliquer, j’en ai marre de devoir me justifier. La vie se chargera bien assez tôt de leur montrer que tout n’est pas noir ou blanc. Je commence à bien me connaître et je sais maintenant que le mode « ralenti » me permet de revenir plus vite au mode normal voire excessif. Lorsque j’ai besoin de repos, je dis que j’en ai besoin, je me donne ce droit et basta. Sauf que c’est « légèrement » incompatible avec une vie professionnelle normale.
J’ai commencé à faire des recherches sur Internet sur le syndrome dont je souffre. Plus de trois ans après le diagnostic, il était temps ! J’ai trouvé une association et un forum de discussion et il semble bien que les douleurs que je ressens sont communes à beaucoup de malades. La bonne nouvelle c’est qu’il y a plusieurs traitements qui marchent, reste juste à trouver lequel. Il y a des conseils aussi. Eviter le café, le thé, le chocolat, le tabac… Là ça va être chaud, Barbalala me pense capable d’arrêter de fumer mais le café elle a des doutes surtout si je ne peux pas remplacer par le thé. Je dois dire que moi aussi. Bon d’accord, si ça peut supprimer toutes ces douleurs ça vaut la peine. Mais pfff elle est dure la vie hein !
Bon on va y aller en douceur. Le tabac je viens d’essayer, et j’ai échoué lamentablement. Allez, on va dire que pour commencer, j’arrête le café l’après-midi. C’est déjà bien ça non ? Sinon il y a une consultation à la Salpêtrière pour ce syndrome. Je dois demander à mon médecin de faxer une lettre avec demande de rendez-vous. La secrétaire m’a prévenue que c’était long pour avoir un rendez-vous mais même s‘il faut attendre, je préfère ça que de revoir celui qui me prend pour une névrosée. C’est déjà bien assez pénible de souffrir, je ne me sens pas capable de supporter que ce ne soit pas vraiment pris au sérieux.
Et puis mon avenir professionnel, on verra, je crois bien que ça va surtout dépendre de l’efficacité du traitement. Sinon, je prends ma retraite et je m’achète un appart dans un endroit où les prix restent accessibles.
Voilà j’aime pas cette note et je vais peut-être bien l’effacer mais c’est ce que je vis en ce moment, c’est la raison pour laquelle je ne suis pas présente ces temps-ci parce qu’avoir mal et ne pas me sentir à la hauteur me rend un peu sauvage et en tous cas ne m’incite pas à la communication.
Et puis vous savez quoi ? Ben le pub a raison, la douleur c’est moche et c’est comme ça que je me sens, là.