23 septembre 2008
Adja
Il y a quelques années (pfiou, de nombreuses années, faut bien le dire), alors que j’étais seule, que les deux barb’ainés (le troisième avait et a toujours, Dieu merci, une santé de fer) étaient encore tout petits et tellement tout le temps malades que pouvoir aller travailler tenait du miracle, j’ai rencontré un homme formidable. Ne commencez pas à fantasmer sur de torrides révélations, c’était juste un médecin, un orl.
J’avais déjà un orl, un à qui j’avais fait confiance, qui avait opéré une greffe de tympan sur ma Barbalala et qui un jour la bouche en cœur, m’a annoncé qu’elle avait eu une otite mal soignée et qu’il fallait opérer l’autre oreille. Une otite mal soignée alors que je le consultais au moins une fois par semaine ? Je ne sais pas si c’est l’intuition, mais j’ai eu immédiatement un doute et pris rendez-vous avec un autre orl.
C’est là que j’ai rencontré Adja, un médecin africain, une montagne d’homme, grand, costaud, volubile et d’une bonne humeur communicative. Adja, c’est un diminutif un peu familier pour un médecin, mais c’est qu’il m’inspire –j’allais dire de la tendresse mais non ce n’est pas vraiment ça- bref c’est quelqu’un que j’apprécie énormément, qui a le même regard émerveillé que moi devant des enfants. Et vous me connaissez, quelqu’un qui s’émerveille de mes enfants en particulier, je craque.
Elle n’avait pas besoin de greffe de tympan ma Barbalala. Elle avait juste un polype juste à côté, mais je suppose qu’en matière de facturation, le premier orl préférait la greffe. Un petit geste chirurgical, un bonbon pour réconforter et hop on n’en parle plus. Evidemment, je lui en ai été reconnaissante, j’ai continué de le consulter. Jamais je n’ai eu à attendre le lendemain pour avoir un rendez-vous, il adaptait ses horaires, jusqu’à nous recevoir parfois très tard, une crème d’homme ce médecin !
Un jour, en rentrant du centre de loisirs, les enfants marchant devant moi, j’ai parlé à Barbouille qui ne m’a pas répondu. Pensant qu’une fois de plus, il n’était pas attentif, blagueuse, je lui ai proposé d’aller acheter une glace. Pas de réaction. Un signal d’alarme a retenti dans ma tête, et s’il n’entendait pas ? Il n’avait jamais eu d’otite, lors des consultations chez le médecin, j’insistais toujours pour que celui-ci vérifie les oreilles. C’est que les otites, c’était un peu ma bête noire. Justement, j’avais vu le médecin la veille, tout allait bien. Vraiment ?
J’ai appelé Adja pour lui parler de ce doute. Le soir même, à 21 heures, il voyait Barbouille pour un test d’audition. Avant même de me donner les résultats de l’audition, j’ai eu droit à un savon terrible. Comment est-ce possible que personne n’ait rien remarqué, il a une otite séreuse, il n’entend pratiquement plus rien. Pourquoi n’a-t-il pas été soigné ? Effondrée, je lui ai dit « ah non, pas vous, vous le savez que je les soigne mes enfants ! Je lui ai fait remarquer quand même qu’il avait vu notre généraliste la veille, que celui-ci n’avait rien trouvé. Devant ses doutes, j’ai même sorti la feuille de soin pour lui montrer. Il s’est radouci, a commencé à observer Barbouille d’un air perplexe et soudain pris d’une illumination, s’est mis à lui parler en face, sur le côté, de dos. Il me dit « regardez, c’est extraordinaire, observez bien » Il recommence et effectivement, je m’aperçois que Barbouille lui répond lorsqu’il lui parle en face, tourne la tête lorsque le médecin se met sur le côté et ne répond plus du tout lorsqu’il ne peut pas voir. Euh… Non… Il ne lit pas sur les lèvres ? Adja surexcité lui fait réintégrer la cabine insonorisée. Il lui parle par la fenêtre, Barbouille répond ! Alors là je suis scotchée ! Mon Barbouille à moi, mon tête en l’air, la tête dans les étoiles et des rêves plein la tête a réussi à apprendre tout seul à lire sur les lèvres. Ca veut dire aussi qu’il n’entend pas depuis un long moment déjà. Pourtant à l’école, s’il est effectivement distrait, il travaille bien. C’est plus qu’étonnant. Adja me glisse à l’oreille « regardez Barbidur » Il recommence son manège, parle à Barbouille, cette fois j’observe son frère. Il accompagne les propos du médecin par des gestes, Barbouille lui lance sans arrêt des coups d’œil, puis répond au médecin. Je n’en reviens pas, j’ai toujours vu Barbidur faire de grands gestes en parlant, mais je pensais que c’était ses origines italiennes qui s’exprimaient là. Alors, il savait que Barbouille n’entendait pas ? Adja lui pose la question, les yeux écarquillés de surprise, il répond « ben non » En fait il ne se rendait même pas compte qu’il aidait son frère à l’aide de gestes. C’est venu spontanément.
Adja éclate de rire. « Ils sont formidables vos enfants, vraiment formidables ! » Vous en connaissez beaucoup des médecins qui vous annoncent la quasi surdité de votre enfant et vous laissent repartir, le cœur gonflé d’orgueil maternel ?
Quelques jours plus tard, Barbouille était opéré, débarrassé des sérosités qui l’empêchaient d’entendre. Quel plaisir j’ai eu, lorsqu’il m’a demandé de parler moins fort !
Le plus fort, c’est que son instit avait reçu une formation pour accueillir les enfants sourds. A aucun moment, elle ne s’est douté (doutée ? help j’ai perdu mes accords) de son problème d’audition. Barbouille l’a consolée « t’inquiète pas, c’est parce que je suis trop fort, c’est Adja qui l’a dit » avant d’éclater de rire comme à une bonne blague.
Je n’ai pas continué de voir Adja. De déménagement en déménagement, j’ai changé d’orl, des compétents eux aussi, même si c’était un peu moins chaleureux.
Lorsque Barbalala a commencé ses études de chant et que sa prof lui a remis une liste de médicaments à éviter pour préserver sa voix, je lui ai conseillé, malgré le temps de transport, de consulter Adja pour ses problèmes orl chroniques. Il a été ravi de la revoir, lui demande de chanter, s’extasie, demande de mes nouvelles. Elle chante parfois pour son association, a chanté à l’église, lorsqu’avec sa femme ils ont décidé de renouveler leurs vœux de mariage. Moi ça m’épate les gens dont le mariage dure et qui sont si heureux qu’ils le font savoir solennellement. Ca me fait plaisir pour lui, parce que si quelqu’un mérite d’être heureux c’est bien lui.
La semaine dernière, lorsque la trachéite m’est tombée dessus, je n’ai pas eu envie de voir mon généraliste. Il oublie toujours que ses traitements quasi homéopathiques n’ont aucun effet sur moi et que chaque fois, je dois retourner le voir plusieurs fois tellement ça dégénère. Après tout, puisque me voilà revenue dans la ville de mes 20 ans, je vais aller voir Adja !
Barbasuuuuuuuuuuuucre ! Ah quand j’ai vu votre nom sur le cahier, j’en suis resté baba, j’avais peur de ne pas vous reconnaître, mais vous n’avez pas changé ! Il me prend dans ses bras, éclate d’un grand rire tonitruant « heureusement que j’avais des nouvelles par Barbalala hein ! » Il papote, me demande des nouvelles de Barbidur et de Barbouille, il est heureux de voir que chacun des enfants a trouvé sa voie, me regarde, me demande quel est mon elixir de jeunesse « pas une ride Barbasucre, mais comment c’est possible ? » « Les enfants peut-être » je lui réponds en souriant un peu fiérote quand même. Ca fait toujours plaisir les compliments, même si en l’occurrence c’est plutôt la génétique qu’il me faut remercier. Je tiens de ma mère pour ça.
Il m’examine quand même, me prescrit antibiotiques et anti-inflammatoires. Ca n’a pas suffi.
J’ai passé la semaine au fond de mon lit canapé, incapable de dormir plus que quelques minutes à la fois, incapable de fumer (oui d’accord tant mieux, mais bon…), la respiration courte et bruyante, comptant mes doses de ventoline autorisées pour me soulager un peu, incapable de fixer mon attention sur l’ordi, encore moins sur un livre (mais j’ai quand même un livre en cours pour Béa ;)) Vive la télé ! Heureusement que SuperBarbalala a assuré l’intendance !
J’ai revu Adja hier, désolé de me voir dans cet état de délabrement avancé faut bien le dire. «Ma pauvre Barbasucre, mais dans quel état vous êtes ! Rappelez moi de vous assommer direct la prochaine fois ! » Le pharmacien apitoyé m’a délivré les médicaments en me conseillant de prendre l’antibiotique immédiatement. Ca plus deux bouffées de cortisone plus tard, me revoilà, toujours malade, effectivement assommée par le traitement mais un peu soulagée. J’ai pu dormir 6 heures en continu. Ouf !
Désolée d’avoir mis tant de temps à répondre à vos comms, mais je n’avais la force de rien.
A part ça, manquer d’air à ce point m’a fait détester mes cigarettes. C’est décidé, quand j’irai mieux, je ne reprends pas ! Tant pis si je prends encore quelques kilos, ça me fera une belle jambe d’être mince quand je serai six pieds sous terre ! C’est malheureux d’en arriver à être très malade pour réagir, mais voilà, je la tiens ma motivation !
Commentaires
Comme quoi...
à toutes choses malheur est bon !!!!
M'enfin je suis triste quand même pour ta semaine de maladie. J'espère que cette fois le traitement de cheval va te faire effet.
C'est dommage qu'il abite si loin tu m'as donné envie d'aller chez l'orl, (et pourtant les médecins et moi....)
Sont quand même malins tes barbas inventer la langue des signes.....
Et puis moi aussi je me suis extasier !!!!!
d'abord !!!! même que !!!
Enfin bon gros gros bisous qui guérit !!!(m'enfous je crains pas les virus !!!!)
Des médecins comme ça il en faudrait des milliers... Et tes enfants, chapeau à eux !
Quant à ton arrêt de tabac fonce, sans hésitation. Ce n'est pas facile au début certes, mais qu'est-ce qu'on se sent mieux ensuite, et on s'en veut de ne pas l'avoir fait avant ! Mais c'est une histoire de motivation c'est clair. Je sais que je serai 6 pieds sous terre (ou plutôt en tas de cendres, vu que je veux être incinérée) si je n'avais pas pris cette décision il y a bientôt 7 ans.
Courage pour ton arrêt !
Oh, mais c'est une très, très belle rencontre, ce médecin africain !!
Pffffffffff je voudrais une bonne grosse maladie pour la tienne, si ça peut m'aider à arrêter de fumer !
En tout cas, bravo et tiens le coup !
Sinon, j'adore l'histoire de ce charmant personnage, tu me donnes envie de le connaître. Je trouve ça maginifique qu'on ai des gens comme ça dans sa vie. Ca nous enrichie moi je dis.
Je sens que le traitement agit. J'ai encore pu dormir une heure cette après-midi et j'ai moins forcé sur la ventoline.
Tu sais, les enfants quand je leur en reparle, ils me croient à peine. Z'étaient jeunes, ils ont oublié. Barbouille ne lit plus sur les lèvres à ma connaissance, mais Romain continue de parler avec les mains ;) Il a bien des gènes italiens finalement.
Merci pour les bisous, j'en manque un peu en ce moment avec mes crobes.
Je suis bien d'accord avec toi, il en faudrait plus des comme ça.
Pour les enfants, je reste persuadée que sans son regard hyper attentif, personne n'aurait remarqué. Je pense que les enfants en général ont bien plus de ressources que nous l'imaginons.
Merci de tes encouragements pour le tabac, pour l'instant c'est facile mais je crains le manque quand je pourrai respirer normalement de nouveau.
Oui, une très belle rencontre, qui nous enrichit comme dit Kaliiuccia.
Bienvenue ici, je suis un peu allée lire ton blog, mais pas assez de temps alors j'y retournerai
Tu l'adorerais !
A part ça, tu tombes pas malade pour arrêter de fumer sinon je viens moi-même personnellement te botter les fesses ! Nonméo !
Hé voilà, je vais être comme ce fameux Adja et tombé sous le charme de la famille au grand complet moi :-)
bon, j'espère que ces petits problèmes de gorge vont s'arranger et oui, tu as raison de vouloir arrêter tes cigarettes. Si tu aimes tes enfants, fais-le pour eux car beaucoup sont mort autour de moi à cause de cette fichue cigarette et ils ne sont pas mort sans souffrir....alors fais-le ! un rude combat mais ô combien merveilleurx quand tu le gagnera...
de très gros bisous à toi jeune fille et un excellent week-end à toute cette adorable petite famille !
Merci de ces mots si chaleureux. Tu sais, dès que j'ai commencé à manquer d'air et à cracher mes poumons, ma première pensée à été pour les enfants. Je me suis dit que je ne pouvais pas leur imposer un spectacle aussi moche et encore moins prendre le risque de disparaître.
Je trouve ça dingue de ne pas en avoir pris réellement conscience avant.
C'est fou, on a beau avoir l'information, des exemples autour de soi, ben tant qu'il n'y a pas de véritable alerte, c'est comme si on ne savait pas.
Je suis déterminée mais pfiou malgré tout c'est dur.
J'y arriverai !
Gros bisous
tsss ...
tu sais j'ai eu la coqueluche cet été, c'est bon te marre pas de nouveau à cette idée c'est pas drôle mouah je dis. Et j'ai cette vieille bronchite chronique qui traîne depuis le lycée...
ça n'a rien changé, et quand bien même mon tortionnaire de chéri ne m'autorise pas à fumer dedans, das l'espoir que quand il fera -10°C j'arrêterai... ça ne changera rien :-)
j'ai décidé de ne pas être raisonnable... c'est grave tu crois ?
Soigne-toi, ma belle, et pour le tag, tu as le temps! Bisous Béa
Oh !
Guérris vite jolie Barbad'amour !
Prend soins de toi !
Et pis elle est trop belle cette re-rencontre. Parfois il y a des rencontres (même médicale...) qui vous touchent et vous marquent pour la vie.
Merci pour cette "rencontre" !
Bisous.
J'espère que ce traitement va vite faire effet cette fois ... chouette que tu aies retrouver ce médecin tellement humain, c'est ce qui manque souvent, je t'embrasse et croise les doigts pour le tabac !
Bien sûr qu'il y aura le manque, il faut en être consciente. Beaucoup de personnes ne tiennent pas le coup parce qu'on leur avait dit "tu verras c'est facile", et qui du coup, étant mal préparées, croient qu'elles sont psychologiquement trop faibles pour y arriver.
Mais il y a plein de 'trucs' pour tromper ce manque. Et qu'est-ce qu'on est fier de soi quand on y parvient ! Au moins aussi bien dans sa tête que dans ses bronches. Tu sais, si quelqu'un qui comme moi fumait plus de 2 paquets de cigarettes par jour (presque 3 certains jours s'il y avait une fête le soir) depuis 20 ans y est arrivé, c'est que c'est possible ;)
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