Vous vous rappelez cette note où je racontais l’agression de Barbidul à la sortie du collège ?

Hier après-midi, je reçois un appel du commissariat. Les trois enfants ont été convoqués, ils sont au commissariat. Deux enfants confirment la déposition de Barbidul, l’autre nie, Le procureur a demandé une confrontation avec celui-ci.

Déjà, ça m’énerve, parce que je dois y être dans la demi-heure, pas le temps de préparer mon Barbachéri, on part en catastrophe. Nous nous rendons à la gendarmerie où j’ai déposé plainte et là nous apprenons que le dossier a été transféré à l’hôtel de police. Sympa de l’apprendre après avoir fait le trajet en transports en commun ! Enfin bon, nous nous y rendons et trouvons à l’accueil, les trois enfants accompagnés de leurs parents. Un père fusille mon fils du regard, je rassure Barbidul et soutiens son regard, qu’il me fusille moi, je m’en tape !

Je peux vous dire que mon Barbidul n’en mène pas large. Il sait qu’il doit juste répondre aux questions, que c’est lui la victime, mais se retrouver face à un de ses agresseurs n’est pas une perspective réjouissante.

Le moment tant redouté arrive. Ca se passe bien. Ils ne doivent pas se parler, juste répondre aux questions. Barbidul confirme sa déposition, répond à des points de détail, l’autre continue de nier. D’après lui, dans le couloir ce sont des grands qui passaient qui l’ont frappé derrière la tête. Le lieutenant lui dit que ses copains ont confirmé que c’était lui, lui explique que mentir ne fait qu’aggraver son cas, que Barbidul a tout de même 2 jours d’itt, même si ce n’est pas cette claque derrière la tête qui l’a blessé c’est comme ça que tout a commencé, ce n’est pas une plaisanterie, il ferait mieux d’avouer. Le gamin répond que ses copains lui ont dit qu’ils n’avaient rien dit. Moi, en mon for intérieur, je remarque juste qu’il ne nie pas, mais compte sur le silence de ses amis. Le lieutenant lui lit la déposition de ceux-ci. On voit bien que le môme est atterré de découvrir leur « trahison » mais continue de nier. Le lieutenant nous demande d’attendre dans le hall, qu’il doit entendre séparément les deux autres avant qu’une décision ne soit prise. Il est en relation téléphonique avec le procureur ça va aller vite.

Je vois ressortir le père au regard incendiaire avec son fils, il a l’air revanchard de celui qui a réussi un combat de boxe. Je me dis que son fils n’a du avoir qu’un avertissement, il faisait partie de ceux qui ont participé mollement, Barbidul a pu éviter ses coups et ne l’a pas chargé lors de sa déposition.

Le troisième gamin, celui qui a porté les coups les plus graves qui ont blessé mon Barbidul sort tête baissée devant son père. On nous appelle.

Je retrouve le lieutenant qui a interrogé Barbidul et là, stupeur, il m’apprend que Barbidul n’a qu’un « rappel à la loi » mais que le procureur ne le poursuit pas.

« Pardon ? »

Et bien oui, en cherchant à se protéger, il a donné deux coups de pied. Alors la loi lui rappelle que l’école c’est fait pour travailler, qu’il ne doit pas se bagarrer.

J’hallucine ! Je vous jure que là, je me suis retrouvée scotchée comme jamais. J’ai du rester la bouche ouverte un moment.

J’ai retrouvé mes esprits lorsqu’il s’est mis à faire la morale à mon gamin en larmes. Je l’ai interrompu. « Excusez moi de vous interrompre, je ne veux pas vous manquer de respect, mais voilà, j’ai encouragé mon fils à faire appel aux adultes et à l’autorité, ce n’est pas pour que ça finisse comme ça. Alors là, il voit que la justice ne l’entend pas, je n’y peux rien, il va apprendre de ça aussi, mais vous ne lui faites pas la morale à propos des bagarres à l’école, parce qu’il s’est retrouvé dans cette situation justement parce qu’il refusait de se battre. »

Il tente de m’expliquer, me dit que Barbidul aurait du se faire petit, ne pas se défendre.

Barbidul indigné lui fait remarquer qu’il a été blessé, que lui n’a agressé personne, que même en se défendant il a fait attention de ne blesser personne. Là, l’autre lui montre les textes de loi. Coups donnés avec 0 jours d’ itt à 8 jours = sanction. Si on s’en tient à ce texte, techniquement Barbidul est en tort, mais devrait se réjouir, il n’est pas poursuivi s’il ne fait pas parler de lui pendant six mois.

Barbidul est effondré. Je demande si je peux faire appel. Il me dit qu’il ne me le conseille pas, que la plupart du temps, les décisions sont confirmées que là le procureur ne le poursuit pas, mais si je fais appel je prends le risque de poursuites.

Il me demande encore si je comprends je lui dis que non. Nous devons encore signer l’avis d’infraction. Avant de le faire j’explique à Barbidul hésitant, que signer signifie que nous avons été informés de la décision mais qu’en aucun cas, ça ne signifie que nous sommes d’accord.

Avant de partir, je demande au lieutenant, s’il veut bien m’écouter pour un dernier point, que c’est important pour Barbidul que je pose ces mots ici, devant la personne qui lui a signifié un « rappel à la loi » Il m’accorde ce droit.

Alors je lui dis que j’ai bien compris l’aspect technique de ce qui s’est passé, mais que je trouve ça profondément injuste, je tiens à lui dire que moi, je suis fière de mon enfant qui a refusé la bagarre au risque de paraître lâche aux yeux de ses camarades, que j’ai été fière de lui lors de sa déposition parce que bien qu’étant encore sous le choc, il a raconté les faits sans en rajouter, sobrement, sans charger ses agresseurs, que je suis fière de lui encore à l’instant, parce que bien que révolté de cette décision, il reste poli et correct comme je le lui ai appris.

L’enfant qui n’a pas réussi à porter de coups, n’a rien, pas de rappel à la loi, pas de leçon de morale. Son père a pu sortir tout fiérot.

L’enfant qui a blessé Barbidul a un « rappel à la loi » mais n’est pas poursuivi. Paraît que Barbidul ne doit pas penser qu’il a la même sanction que son agresseur, « son père va se charger de la punition et il y a une différence, on risque de le revoir ici alors que toi tu as toutes les chances de ne plus mettre les pieds dans un commissariat » Serait-ce une histoire de couleur de peau ? Je suis effarée d’entendre ça ! Je suis fière une fois de plus de la réaction de Barbidul qui dit que ça ne le console pas de savoir qu’il va avoir affaire à son père, ce n’est pas ce qu’il voulait. Il s’inquiète pour lui maintenant.

L’enfant qui a frappé Barbidul derrière la tête va passer devant le juge parce qu’il a menti.

Barbidul ne veut plus avoir affaire à la justice et moi je rumine. Mon fils a une inscription, certes provisoire, mais inscription quand même, à son casier.

Quelqu’un a un punching ball à me prêter ?